PETITS TABLEAUX D’UNE ÎLE

Cayo Las Brujas, Cuba

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Photo : Suzanne Bélair. Enviroartfr.wordpress.com

 

 Arrivée. Aéroport Santa Clara, Cuba.

Mon amie Suzanne et moi dans la file d’attente avant de passer à la sécurité. Une jeune femme en avant de nous. Elle se retourne.

Elle : vous êtes de Montréal ?

Moi : oui.

Elle : je suis stressée. J’ai acheté mon billet hier soir à 20 h.

Moi : c’est une belle folie. J’aime. Sur ma liste, à faire.

Elle : pas vraiment.

Moi : pourquoi ?

Elle : mon amoureuse m’a quittée.

Moi : je suis désolée. Vous venez guérir votre cœur. Un peu de douceur sous le soleil de l’île.

Elle : non………je ne ferai plus jamais ça.

Moi : quoi ?

Elle : trop de stress. Partir à la dernière minute. Faire ma valise

Moi : …

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Les humains du tango

Chronique d’une danseuse de tango ben ordinaire. Une danseuse, après des années, si débutante, en recherche constante, de confort, de jolis pieds, à son grand dam, les siens s’empêtrent encore dans ceux de l’autre, une danseuse qui ne comprend rien à la musique, qui a sa propre musicalité, une danseuse, obsédée par l’abrazo, toujours à le raffiner, à le chercher indéfiniment dans la connexion avec l’autre, des jours, elle le perd, des jours, elle le retrouve, au gré de ses émotions. Une danseuse de tango ben ordinaire et sa santé qui a une météo hors de l’ordinaire. J’écrirai des textes impressionnistes de mes joies, mes découvertes, mes colères, mes incompréhensions de ce monde qu’est le tango. Des textes de tango qui se pointeront au-travers de mes histoires du quotidien.
P.S. Vous ne voulez pas lire des histoires de tango, vous n’êtes pas intéressés, ce n’est pas votre passion. N’oubliez pas qu’une micro-communauté est toujours le reflet de notre société. Lire sur le tango, c’est lire sur la vie.

 


À mes tangueras et mes tangueros.
Vos prénoms gravés sur mon cœur.
Abrazos, Christiane 
     
 Je ne savais pas que le deuil et la danse allaient ensemble.
Ohad Naharin
Danseur, chorégraphe et directeur artistique Batsheva Dance Company
(sa femme et danseuse, Mari Kajiwara, morte d’un cancer à l’âge de 50 ans)
 

Juin 2016. Le soleil inonde le cimetière. Mes pieds sur un plancher de bois entourant le trou où mon Homme vient de descendre. Chacun à leur tour, les hommes de la famille et amis ont pris une pelle. Une pelletée de terre sur son cercueil.  Je suis une femme. Je suis sa femme. C’est mon Homme. Je me coucherai seule ce soir. Lui aussi. J’ai pris de la terre avec la pelle. Je n’ai pas pleuré. Une pelletée. Deux. Trois. Quelqu’un a dit mon prénom. Arrête. Je voulais continuer. Refermer le trou. Le trou dans la terre. Le trou dans mon cœur. Je l’ai aimé. Je l’ai soigné. Je l’ai lavé. Je l’ai habillé. Je l’ai déshabillé. Je l’ai nourri. Je l’ai enterré.

7 semaines plus tard. Le soleil habite le studio de danse. Mon cours privé de tango. Le premier depuis des mois. Tomás m’attend. J’hésite avant de mettre mes souliers. 7 semaines plus tôt. Mes pieds marchant autour d’un trou. 7 semaines après. Mes pieds sur un plancher de danse.

Qu’est-ce que je fais ici dans ce studio plein de lumière ? Lire la suite

L’AMOUR AU GARAGE

Je raconte des histoires

parce que je crois qu’apprendre est la chose

la plus importante pour un être humain.

Moshe Feldenkrais

 Écrire.

Raconter mes petites histoires d’amour.

Les quotidiennes. Celles qui ne font pas la une des journaux.

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Photo : Pixabay.com

Les silencieuses. Celles qui ne hurlent pas. Celles qui ne s’exposent pas.

Mes armures, les laisser tomber.

Me dénuder.

Faire l’amour avec les mots.

Ma résistance à la haine.


J’aime François. Mon garagiste. Je dis – mon – pas dans un sens de possession. C’est l’affection, le respect que je lui porte comme humain. Après, il est celui qui prend soin de mon auto.

C’est une rencontre. Il y a 5 ans. Mon Homme avait acheté l’auto de sa sœur à Toronto. Lors de l’inspection à Montréal, un employé, nous a donné le nom d’un garagiste. François.

François. Au téléphone.

Une voix qui a le temps de t’écouter. Ne te mets jamais en attente. Pose les questions. Répète la question. Une fois. Deux fois. Il ne me fait jamais sentir, tu sais, la femme qui ne comprend rien à la mécanique. Jamais.

François. Quand il est devant toi.

Les yeux bleus. Le sourire d’un gars qui arrive toujours de vacances. Les ongles noircis.

François. Le jour où mon Homme ne peut plus venir avec moi au garage.

À chaque fois qu’il me voit, comment va M. Ray ? Dis-lui bonjour de ma part. Lire la suite

UNE SUITE DE MOTS SANS SUITE

À Ray, mon Homme, là où tu te reposes de la vie,
encore, je sens tes bras me prendre.
Il y a des êtres, sur notre chemin,
nous aider à devenir de meilleurs humains.
Défricheur de mes terres inconnues,
de mes terres, cachées de peur,
je continue la route.
Eternity. Love.
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Tempête. 29 décembre 2016. Jardin Botanique. Photo. France Duchesne.

 

Larmes. Sources.

Eau. S’épuise.

Humanité. Roulette russe.

Texto. Préfère entendre ta voix.

Mort. Mon Homme.

Je suis. Ici.

Amitié. La mienne. Celle des autres. Interrogations.

Ça passera. Je sais. Un jour.

Maintenant. C’est – ça –

Je ne te reconnais plus. Moi, non plus.

La solitude. Le – Nous -.

Tango. Nos bras. Au centre. Nos cœurs.

Impossible. Tant de possible. Lire la suite

Noël, un jour comme les autres

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Photo  –            Marie-Josée Côté

Je roule vers St-Hyacinthe. Je ne suis pas pressée. J’écoute Ici Radio-Canada. C’est une rediffusion de l’émission Les grands entretiens. Fred Pellerin fait l’éloge de son village, Saint-Élie-de-Caxton. Je suis heureuse d’être sur la route, presque seule, en cette journée de Noël, et écouter Fred Pellerin. Conteur. Humaniste. Ça réchauffe un cœur. Ses premiers mots, un coup de poing.

…cette vie de village-là, c’est bien plus qu’un potentiel-acompte, bien plus qu’un projet artistique, c’est une vie communautaire, une vie d’action, une vie de sens, une vie qui dépasse le petit christ de projet individuel de- je m’épanouie et je me respire -, respirons-la toute…, marchons-la ensemble, et ça, ça donne un sentiment qui ne se trouve pas ailleurs…

L’émission se termine. J’arrive à st-Hyacinthe. Lire la suite

Leçon de tango

Movement is the song of the body

Vanda Scaravelli (1908-1999)

Maudite mort.

17 h 20. Je suis prise dans l’embouteillage de l’autoroute Métropolitaine Est. Le ciel est gris. Je reviens de Mon Tango. Milonga du dimanche après-midi. J’ai dansé. Je ne voulais pas y aller. Je me suis levée tard, ce dimanche. Ça m’arrive souvent. Dormir jusqu’au début de l’après-midi. Des jours, je me bats contre moi-même. Alors, je me lève. Je danse.

Et je reviens seule. Toujours seule. Personne ne m’attend. Non, ce n’est pas personne. C’est mon Homme. Mon Homme ne m’attend plus.

Je suis dans mon char, ce dimanche gris.

Puis, je la vois.

La seringue. Lire la suite

Une nouvelle journée

C’est en racontant l’histoire de son deuil

 qu’on fait son deuil.

Jean Monbourquette

maisonmonbourquette.com

 Le grand chêne devant ma fenêtre.

J’écris dans mon nouvel espace bureau entouré des meubles, des objets de mon Homme.  La lampe avec son abat-jour beige. La table Ikea. La bibliothèque. Encore vide. Ses livres partis. Les miens encore dans les boîtes. La chaise de l’ordinateur. Sur le mur, la toile des danseurs de tango. La plante, un croton.

Je me suis assise dans l’attente des mots. De lui.

Je voudrais vous écrire d’autres phrases. D’autres sujets. En vain. Il est l’essentiel de mes jours. C’est ce que l’on nomme le deuil. J’écrirai. J’épuiserai mes doigts, j’irai jusqu’au bout de ma tristesse, de ma colère, de mon manque, des non-dits, des questions qui je n’ai jamais osées lui demander, des – je suis désolée, mon amour – mes colères, je n’ai pas assez dansé avec toi, toutes les fois où tu dansais trop vite, trop vite, puis après, ta lenteur a confronté mon impatience. Je suis désolée, mon amour, nous ne danserons plus.  Lire la suite